🪶Tous les hommes recherchent le bonheur — c'est, disait Aristote, la fin que chacun poursuit.
◈Mais le tient-on de la chance, ou le construit-on soi-même ?
◈D'où la question : le bonheur dépend-il de nous ?
🔍« Le bonheur » est un état de satisfaction complète et durable : le souverain bien, le seul bien désiré pour lui-même.
◈« Dépendre de nous », c'est être en notre pouvoir, fruit de nos efforts et de nos choix.
🎲À première vue, le mot le dit : « bon-heur » = bonne fortune.
◈Le bonheur dépendrait donc de circonstances extérieures (santé, richesse, rencontres) — et non de nous.
❓Mais faire reposer le bonheur sur la chance, si instable, n'est-ce pas se condamner à l'angoisse ?
◈Et n'y a-t-il pas une part du bonheur qui dépende de notre attitude — de nos désirs, de nos jugements ? Le bonheur est-il un don de la fortune, hors de notre pouvoir, ou une conquête de la sagesse, qui dépend de nous ?
🗺Nous verrons d'abord que le bonheur semble ne pas dépendre de nous : il est bonne fortune (Solon), l'assouvissement des désirs est une impasse (Calliclès), et c'est un idéal indéterminé (Kant) (I). Mais nous montrerons ensuite qu'il dépend de nous : par le bon usage de nos jugements (Épictète), la sagesse des désirs (Épicure), la volonté (Alain) (II).
◈Nous établirons enfin qu'il dépend de nous à certaines conditions : la vertu (Aristote), mais avec des biens extérieurs (Aristote), et « par surcroît » (Pascal) (III).
◈Problématique : le bonheur est-il un don de la fortune ou une conquête — et jusqu'où dépend-il de nous ? | Plan : I. il semble ne pas dépendre de nous (fortune ; tonneau percé ; idéal indéterminé) → II. il dépend de nous (jugements ; ataraxie ; volonté) → III. à conditions (vertu ; biens extérieurs ; par surcroît).
❧À première vue, le bonheur ne dépend pas de nous.
◈Le mot le dit : « bon-heur », c'est la bonne fortune.
◈Or la fortune ne se commande pas.
🎲Le bonheur semble affaire de chance — un « concours de circonstances favorables ».
◈Et comme ces circonstances (santé, richesse, rencontres) ne sont pas en notre pouvoir, le bonheur ne dépendrait pas de nous.
📜L'étymologie le confirme : « bonheur » vient de l'ancien français heur (du latin augurium), qui désigne la chance, le sort.
◈Être heureux, c'est d'abord avoir un « bon heur » — un don du hasard.
🎡Or le bonheur est le bien le plus précieux.
◈Le faire reposer sur la chance — par nature instable, changeante — c'est le rendre fragile et incertain.
◈Ce qui dépend de la fortune peut nous être retiré à tout instant.
☞Conséquence pour notre sujet : ce qui fait notre bonheur (la santé, l'aisance, les êtres aimés, l'époque où l'on naît) ne dépend pas de nous.
◈Le bonheur semble nous échapper : nous n'en serions pas les maîtres, mais les obligés du sort.
📖Hérodote raconte que Solon, devant le richissime roi Crésus, refusa de le dire heureux : la fortune peut basculer jusqu'au dernier jour.
Ne dis de personne qu'il est heureux avant sa fin. Solon (rapporté par Hérodote)
✦Crésus, l'homme le plus riche du monde, finit ruiné et captif : preuve que tant qu'il dépend de la fortune, aucun bonheur n'est assuré.
❧Comme bonne fortune, le bonheur dépend donc de circonstances hors de notre pouvoir : en ce sens, il ne dépend pas de nous, mais du sort.
→Mais faut-il vraiment chercher le bonheur dans ce qu'on ne maîtrise pas ?
◈Et si le bonheur, c'était au contraire d'obtenir tout ce qu'on désire — ne serait-il pas alors en notre pouvoir de le poursuivre ?
◈C'est ce que soutiendra la sous-partie suivante.
◈Étymologie : « bon-heur » = bonne fortune.
◈Le bonheur, bien précieux, reposerait sur la chance (instable) → il ne dépend pas de nous (Solon : « ne dis personne heureux avant sa fin » ; Crésus). → Mais le bonheur n'est-il qu'affaire de fortune ?
❧On objectera peut-être : si le bonheur, c'est jouir, alors il dépend de nous de le poursuivre — il suffit de satisfaire tous nos désirs.
◈C'est la thèse de Calliclès.
🍷Pour Calliclès, le bonheur consiste à laisser ses désirs grandir au maximum et à les assouvir — une vie d'intempérance. Mais cette vie, loin de nous rendre libres, nous enchaîne aux objets et à des désirs sans fin.
🔥Dans le Gorgias, Calliclès soutient que le bonheur, c'est avoir les désirs les plus grands possibles et pouvoir les assouvir.
◈La tempérance serait une faiblesse ; il faudrait vivre dans l' intempérance, l'accumulation des plaisirs et des excès.
🪣Mais Socrate objecte : l'homme intempérant est comme un tonneau percé qu'on ne peut jamais remplir.
◈À peine un désir comblé, un autre renaît : le plaisir comble un manque, mais le manque renaît aussitôt.
◈On n'est jamais satisfait.
☞Conséquence pour notre sujet : le bonheur-jouissance dépend en réalité des objets extérieurs (ce qu'on n'a pas encore) et de désirs sans fin ; il ne procure aucune paix et nous rend esclaves.
◈L'intempérant ne dépend pas de lui, mais de tout ce qui pourrait le combler.
📖Dans le Gorgias, Platon oppose à Calliclès l'image de l'âme insatiable :
L'âme de l'insensé est comme un tonneau percé. Platon, Gorgias
✦Vouloir tout assouvir, c'est se condamner à un manque perpétuel : la jouissance promise n'apporte qu'un esclavage, jamais le bonheur.
❧Le bonheur comme intempérance rend donc esclave des désirs et dépend des objets : lui non plus ne dépend pas vraiment de nous.
→Ces deux voies — la fortune, la jouissance — cherchent le bonheur dans ce qu'on ne maîtrise pas : les choses. Mais peut-être faut-il le chercher ailleurs : non dans les choses, mais dans notre rapport aux choses.
◈C'est ce que va montrer la deuxième partie.
◈Calliclès (Gorgias) : le bonheur = intempérance (assouvir tous ses désirs).
◈Réfutation : le tonneau percé (désirs sans fin → jamais comblé) → esclave des objets. → Il faut chercher le bonheur dans notre rapport aux choses, non dans les choses.
❧Il y a une raison plus profonde de douter que le bonheur dépende de nous : nous ne pouvons même pas le définir. Kant montre que le bonheur est un idéal indéterminé.
🌫Pour faire dépendre le bonheur de nous, il faudrait savoir clairement ce qui nous rendrait heureux et le programmer.
◈Or c'est impossible : le bonheur est un idéal flou, changeant, que nul ne peut se représenter avec précision.
🎭Un idéal de l'imagination. Le bonheur n'est pas un concept de la raison mais « un idéal de l'imagination ».
◈Chacun y met des choses contradictoires : la richesse (mais elle apporte des soucis), le savoir (mais il fait voir plus de maux).
◈Nous ne savons pas ce que nous voulons vraiment.
🔮Impossible à programmer. Comme nous ignorons ce qui nous rendra durablement heureux (nos désirs changent, l'avenir est imprévisible), nous ne pouvons pas le poursuivre avec certitude.
◈Le bonheur échappe à notre maîtrise non par malchance, mais par indétermination.
☞Conséquence pour notre sujet : le bonheur ne semble pas dépendre de nous — nous ne pouvons ni le définir clairement, ni nous assurer des moyens de l'atteindre.
◈Il reste un horizon flou.
📖Kant retire au bonheur toute clarté :
Le bonheur est un idéal, non de la raison, mais de l'imagination. Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs
✦On ne peut donner aucune recette du bonheur : c'est pourquoi Kant fonde la morale sur le devoir, non sur la recherche du bonheur.
❧La fortune (Solon), l'impasse des désirs (Calliclès), l'indétermination (Kant) : tout semble montrer que le bonheur ne dépend pas de nous.
→Et pourtant, les sages affirment le contraire : « il dépend de nous d'être heureux ».
◈C'est ce qu'objectera la deuxième partie.
◈Le bonheur, idéal indéterminé (Kant) : « un idéal de l'imagination, non de la raison » ; impossible à définir ni à programmer → la morale se fonde sur le devoir. → Bilan I : le bonheur semble échapper à notre pouvoir.
◈Mais les sages disent le contraire.
❧Renversons la perspective.
◈Le bonheur ne dépend pas des choses — qui nous échappent —, mais de notre rapport aux choses, qui dépend de nous.
◈C'est la grande leçon des stoïciens : il dépend de nous d'être heureux.
🧘Le bonheur — l'ataraxie, le calme de l'âme — ne se trouve pas dans les biens extérieurs, mais dans le bon usage de nos jugements et de nos désirs.
◈Or cela dépend de nous : donc il dépend de nous d'être heureux.
⚖La distinction fondatrice. Épictète sépare ce qui dépend de nous (nos jugements, nos désirs, nos représentations) de ce qui n'en dépend pas (le corps, les biens, la réputation, les événements).
◈La sagesse : ne plus attacher son bonheur à ce qui ne dépend pas de nous.
💪La vertu s'acquiert. Le bonheur naît d'un « bon usage des représentations » : juger conformément au réel, non selon nos rêves.
◈C'est la vertu, fruit de l'entraînement : « rien ne s'acquiert gratuitement ».
◈Face à une contrariété, la saisir comme une occasion de progresser dans le détachement.
☞Conséquence pour notre sujet : le sage acquiert une liberté intérieure, une indépendance à l'égard de ce qui ne dépend pas de lui.
◈Le bonheur, défini comme ataraxie, dépend de mes efforts — donc de nous.
📖Le Manuel d'Épictète s'ouvre sur la distinction qui commande tout :
Il y a ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous. Épictète, Manuel
✦« Un peu d'huile se répand, on te vole un peu de vin » : dis-toi que c'est « à ce prix que s'achète le calme de l'âme ».
◈Le bonheur se gagne, il ne se reçoit pas.
❧Le bonheur dépend donc de nous : du bon usage de nos jugements et de nos désirs, de la vertu qui s'acquiert par l'effort. Il dépend de nous d'être heureux.
→Mais tout dépend-il vraiment de nous ?
◈La santé, la mort des proches, les conditions matérielles : peut-on être pleinement heureux en les ignorant ?
◈Le bonheur ne dépend-il que de nous, ou aussi un peu des circonstances ?
◈C'est ce que pèsera la dernière partie.
◈La distinction ce qui dépend de nous (jugements, désirs) / ce qui n'en dépend pas ; le bonheur = ataraxie, fruit du bon usage des représentations et de la vertu (qui s'acquiert : « rien ne s'acquiert gratuitement ») → la liberté intérieure (Épictète). → Il dépend de nous d'être heureux.
◈Mais tout en dépend-il ?
❧Les sages renversent la perspective : le bonheur dépend de nous, pourvu qu'on sache gouverner ses désirs. Épicure en fait une médecine de l'âme.
🫒Le bonheur n'exige pas d'obtenir tout (impossible), mais de bien régler ses désirs et de supprimer ce qui trouble.
◈Ainsi compris, il est à la portée de chacun : il dépend de nous.
🗂La typologie des désirs. Épicure distingue les désirs naturels et nécessaires (faciles à satisfaire), naturels non nécessaires, et vains (illimités, source de trouble).
◈En se limitant aux premiers, on atteint un plaisir stable et sûr.
🕊L'ataraxie. Le bonheur est l'absence de trouble du corps (aponie) et de l'âme (ataraxie).
◈Il ne dépend pas de la fortune mais d'une sagesse : supprimer les craintes (de la mort, des dieux) et les désirs vains.
◈Le bonheur est alors en notre pouvoir.
☞Conséquence pour notre sujet : le bonheur dépend de nous — non comme accumulation de biens extérieurs, mais comme art de désirer juste.
◈La sagesse le rend accessible et stable.
📖Épicure place le bonheur dans un plaisir sage :
Le plaisir est le commencement et la fin de la vie heureuse. Épicure, Lettre à Ménécée
✦Non la débauche, mais l'absence de douleur et de trouble : « il est facile de se procurer ce qui supprime la douleur ».
❧Le bonheur dépend donc de nous par la maîtrise des désirs : la sagesse le rend stable et accessible.
→Et peut-être faut-il plus encore : le vouloir.
◈C'est ce que montrera la sous-partie suivante.
◈L'ataraxie (Épicure) : régler ses désirs (naturels/nécessaires vs vains) ; le bonheur = absence de trouble (âme) et de douleur (corps) ; « le plaisir est le commencement et la fin de la vie heureuse ». → Il dépend de nous par la sagesse.
◈Reste à le vouloir.
❧Il y a plus que la maîtrise des désirs : le bonheur se veut. Alain en fait presque un devoir.
💪Le bonheur n'arrive pas tout seul : il se décide, se construit, s'entretient par la volonté.
◈Attendre passivement d'être heureux, c'est ne jamais l'être : le bonheur dépend de notre volonté.
🌦L'humeur et la volonté. Les passions tristes (l'inquiétude, la rumination) nous viennent du corps et des circonstances ; mais nous pouvons, par un effort de volonté, ne pas nous y abandonner.
◈Sourire, agir, se tourner vers l'extérieur change l'humeur.
🎁Un devoir, presque une politesse. Un visage triste contamine les autres ; le bonheur se cultive comme un art : par l'action, le mouvement, le refus de se complaire dans le malheur.
◈« Il faut vouloir être heureux et y mettre du sien. »
☞Conséquence pour notre sujet : le bonheur dépend de nous au sens fort : il est l'effet d'une volonté et d'un travail sur soi.
◈Non un don reçu, mais une œuvre voulue.
📖Alain oppose l'humeur à la volonté :
Le pessimisme est d'humeur ; l'optimisme est de volonté. Alain, Propos sur le bonheur
✦Se laisser aller, c'est se laisser attrister : le bonheur demande, comme une santé, un entretien de chaque jour.
❧Nos jugements (Épictète), la maîtrise des désirs (Épicure), la volonté (Alain) : le bonheur dépend de nous.
→Mais cette toute-puissance n'est-elle pas excessive ?
◈Le malheur réel existe (la maladie, le deuil, la misère).
◈C'est ce que nuancera la troisième partie.
◈Le bonheur se veut (Alain) : « le pessimisme est d'humeur, l'optimisme est de volonté » ; un devoir, une politesse ; « il faut vouloir être heureux ». → Bilan II : le bonheur dépend de nous.
◈Mais pas de façon toute-puissante : le malheur réel existe.
❧Les stoïciens ont raison contre la fortune : le bonheur dépend d'abord de nous. Mais leur exigence est peut-être trop haute : peut-on être heureux dans le dénuement total ?
◈La vérité est entre les deux — et Aristote la formule.
⚖Le bonheur dépend essentiellement de nous — de notre vertu, de l'activité de notre âme —, mais il requiert aussi un minimum de biens extérieurs.
◈Il dépend de nous comme de notre sagesse, sans que tout en dépende.
🌟Le bonheur dépend de notre vertu. Pour Aristote, le bonheur est le souverain bien (la fin désirée pour elle-même) ; il consiste dans l'activité de l'âme conforme à la vertu.
◈Or la vertu dépend de nous : on devient vertueux en agissant bien.
◈En cela, le bonheur dépend de nous.
🏛Mais il faut un minimum de biens extérieurs. On ne peut être pleinement heureux dans le malheur extrême (la maladie, la perte des siens, le dénuement).
◈Les biens extérieurs ne sont pas la source du bonheur, mais sa condition : l'ignorer tout à fait serait inhumain.
☞Conséquence pour notre sujet : le bonheur dépend de nous comme de notre sagesse — travailler sur ce qui dépend de nous (nos jugements, nos désirs, notre vertu) et accepter le reste, sans nier que la fortune joue une part.
◈La sagesse n'est pas la toute-puissance, mais le juste partage.
📖Dans l'Éthique à Nicomaque, Aristote définit le bonheur non comme un état reçu, mais comme une activité :
Le bonheur est une activité de l'âme selon la vertu. Aristote, Éthique à Nicomaque
✦Une activité — donc quelque chose que je fais, qui dépend de moi —, mais qu'il est « difficile d'accomplir si l'on est privé de tout ».
❧Le bonheur dépend donc de nous comme de notre sagesse : ni simple don de la fortune (I), ni toute-puissance sur le monde, mais activité vertueuse qui compose avec les circonstances.
✷Ainsi se dénoue notre problème : il dépend de nous d'être heureux — non de tout maîtriser, mais de bien user de ce qui dépend de nous.
◈Aristote (Éthique à Nicomaque) : le bonheur = activité de l'âme selon la vertu (dépend de nous) + un minimum de biens extérieurs (la part de la fortune). → Le bonheur dépend de nous comme de notre sagesse : agir sur ce qui dépend de nous, accepter le reste.
❧Le stoïcisme et la volonté risquent de trop promettre. Aristote rappelle que le bonheur, s'il dépend de nous, suppose aussi des conditions : des biens extérieurs et l'amitié.
⚖La vertu ne suffit pas à elle seule : il faut un minimum de biens (santé, ressources, amis).
◈Le bonheur dépend de nous, mais pas seulement : il n'est pas une pure intériorité invulnérable.
🏚Les biens extérieurs. Il est difficile de « bien agir » sans ressources ; la maladie, la pauvreté, le deuil entravent le bonheur.
◈Aristote refuse l'idée que le sage serait heureux même sur la roue (sous la torture) : c'est trop demander.
🤝L'amitié et la cité. L'homme est un « animal politique » : le bonheur s'épanouit avec les autres, dans l'amitié et la vie commune.
◈Il n'est pas une affaire purement solitaire et intérieure.
☞Conséquence pour notre sujet : le bonheur dépend de nous (par la vertu) mais aussi des circonstances (biens, amitié, fortune).
◈Ni pur don de la chance (I), ni toute-puissance du sage (II) : une dépendance partielle.
📖Aristote tempère l'idéal du sage invulnérable :
Le bonheur a besoin aussi des biens extérieurs. Aristote, Éthique à Nicomaque
✦« Impossible ou difficile » de faire le bien sans ressources : la vertu est en nous, mais elle a besoin d'un monde qui lui réponde.
❧Le bonheur dépend donc de nous (la vertu) mais aussi des circonstances (biens, amitié) : ni pur don, ni toute-puissance.
→Reste une dernière nuance : le bonheur ne se poursuit peut-être pas directement.
◈C'est ce que montrera la dernière sous-partie.
◈Le bonheur a besoin de biens extérieurs (Aristote) : la vertu ne suffit pas (contre le sage stoïcien « heureux sur la roue ») ; l'amitié, la cité, l'« animal politique ». → Ni pur don, ni toute-puissance : une dépendance partielle.
❧Une dernière nuance : le bonheur dépend de nous, mais indirectement.
◈À le poursuivre pour lui-même, on le manque ; il vient « par surcroît ».
🎯Tous recherchent le bonheur, mais le viser directement le fait fuir.
◈Le bonheur n'est pas un but qu'on atteint, mais le fruit d'une vie qui a du sens.
◈Il dépend de nous par ce que nous faisons, non par notre seul désir d'être heureux.
🌀Le paradoxe du bonheur. Celui qui se demande sans cesse « suis-je heureux ? » se rend malheureux.
◈Ceux qui visent autre chose — une œuvre, autrui, une cause — trouvent le bonheur « chemin faisant ».
◈Le bonheur fuit qui le poursuit frontalement.
🔍Le chercher au bon endroit. « Tous les hommes recherchent d'être heureux », dit Pascal ; mais on le cherche mal (dans le divertissement, les biens vains).
◈Le bonheur dépend de nous à condition de le chercher où il est : une vie engagée, aimante, sensée.
☞Conséquence pour notre sujet : le bonheur dépend de nous, mais indirectement : par la qualité de notre vie et de nos engagements, non par une poursuite directe.
◈Il se reçoit « par surcroît ».
📖Pascal énonce l'universel désir de bonheur :
Tous les hommes recherchent d'être heureux. Pascal, Pensées
✦Universel dans le but, mais souvent égaré dans les moyens : le bonheur se gagne moins en le poursuivant qu'en vivant pleinement.
❧Le bonheur dépend donc de nous, mais indirectement : par la qualité de notre vie, non par une poursuite frontale.
◈Il vient « par surcroît ».
✷Ainsi se dénoue notre problème : le bonheur dépend de nous pour une grande part (jugement, désirs, volonté, vertu), mais pas entièrement (la fortune, les biens, les autres) — ni pur don, ni toute-puissance.
◈Le bonheur vient « par surcroît » (Pascal : « tous les hommes recherchent d'être heureux » ; le paradoxe du bonheur) : le viser directement le fait fuir. → Réponse : il dépend de nous en grande part, pas entièrement : ni pur don, ni toute-puissance.
🧭Le bonheur dépend-il de nous ?
◈Il semblait d'abord que non : bonne fortune instable (Solon), impasse de l'intempérance (Calliclès), idéal indéterminé qu'on ne peut même définir (Kant).
⚖Mais il dépend de nous : par le bon usage de nos jugements (Épictète), la maîtrise des désirs et l'ataraxie (Épicure), la volonté (Alain).
◈Le dépassement : il dépend de nous à certaines conditions — la vertu (Aristote), mais avec un minimum de biens extérieurs (Aristote), et de façon indirecte, « par surcroît » (Pascal).
🔑Oui, le bonheur dépend de nous pour une grande part — nos jugements, nos désirs, notre volonté, notre vertu — mais pas entièrement : la fortune, les biens extérieurs, les autres y ont leur part ; et il dépend de nous indirectement (il vient « par surcroît »).
✷Le bonheur est donc moins un don reçu qu'une conquête ; moins un état qu'une activité vertueuse : ni pur don, ni toute-puissance.
🔭Faut-il, dès lors, courir après un grand bonheur abstrait ? Voltaire, au terme de Candide, répond autrement : « il faut cultiver notre jardin ».
◈Peut-être le bonheur tient-il moins aux spéculations qu'à l'action concrète, modeste et à notre portée — loin de l'injonction contemporaine à « être heureux » à tout prix.
◈Oui, pour une grande part (jugement, désirs, volonté, vertu), mais pas entièrement (fortune, biens, autres), et indirectement (« par surcroît ») : ni pur don, ni toute-puissance. → Parcours : ne dépend pas de nous (Solon, Calliclès, Kant) → dépend de nous (Épictète, Épicure, Alain) → à conditions (Aristote ×2, Pascal).
◈Ouverture : « cultiver notre jardin » (Voltaire).