🪶« Connais-toi toi-même », ordonnait l'inscription du temple de Delphes.
◈Mais ce commandement va-t-il de soi ?
◈Nous passons notre vie avec nous-mêmes, et pourtant nous nous surprenons sans cesse, et sommes parfois les derniers à comprendre nos propres réactions.
◈D'où la question : peut-on se connaître soi-même ?
🔍« Se connaître », c'est avoir de soi une connaissance vraie et certaine — de ce que je suis, de mon identité.
◈Mais « soi-même » crée une difficulté propre : le sujet est à la fois celui qui connaît et ce qui est à connaître — il est juge et partie.
💡À première vue, la réponse est oui : par la conscience, j'ai un accès privilégié à moi-même ; nul ne me connaît mieux que moi.
◈« Pouvoir », ici, c'est en avoir la capacité — et peut-être en avoir l'enjeu.
❓Mais ne me fais-je pas des illusions sur moi-même, par amour-propre ?
◈Et le « moi » que je cherche existe-t-il seulement comme un objet que je puisse saisir ? Puis-je me connaître vraiment, ou le sujet est-il en partie opaque à lui-même — et que reste-t-il, alors, de la connaissance de soi ?
🗺Nous verrons d'abord qu'à première vue on peut se connaître : par la conscience (Descartes), l'observation de soi (Montaigne), l'intériorité (Augustin) (I). Mais nous montrerons ensuite que ce regard est faussé : l'amour-propre nous trompe, le moi est introuvable (Pascal), et l'inconscient nous échappe (Freud) (II).
◈Nous établirons enfin qu'on se connaît autrement : comme liberté (Sartre), par autrui (Hegel), comme durée (Bergson) (III).
◈Problématique : puis-je me connaître, ou suis-je en partie opaque à moi-même ? | Plan : I. oui (conscience ; observation ; intériorité) → II. non (amour-propre ; moi introuvable ; inconscient) → III. autrement (liberté ; autrui ; moi profond).
❧À première vue, oui, je peux me connaître.
◈Par le doute et la conscience, je me découvre comme une réalité stable et certaine.
◈C'est la démarche de Descartes : au terme du doute, je sais au moins une chose — ce que je suis.
💭En doutant de tout, je découvre qu'un seul attribut ne peut m'être ôté : la pensée.
◈Je suis donc « une chose qui pense », une substance pensante : voilà mon identité, certaine et stable.
❔Descartes met en doute toutes ses opinions, jusqu'à l'existence de son corps : il ne peut donc se définir par le corps ni par ce qui en dépend (marcher, sentir).
◈Mais une chose résiste au doute : pendant que je doute, je pense, et tant que je pense, il est certain que je suis.
🧱La pensée est donc l'attribut qui ne peut être détaché de moi.
◈Je suis « une chose qui pense » — non une chose matérielle, mais une substance pensante, un support stable dont toute la nature est de penser.
◈Mes états et mes facultés (volonté, sens, imagination) changent sans que cette nature change.
☞Conséquence pour notre sujet : à travers tous les changements de ma vie, une chose reste vraie — c'est toujours moi qui pense.
◈La conscience me livre ainsi une identité stable : je peux me connaître.
📖C'est la découverte de la Méditation seconde de Descartes : un seul attribut survit au doute —
La pensée est un attribut qui m'appartient ; elle seule ne peut être détachée de moi. Descartes, Méditations métaphysiques
✦À la question « qu'est-ce que je suis ? », il répond donc : « une chose qui pense » — et cette vérité vaut, identique, toute ma vie.
❧Par le doute et la conscience, je me connais donc comme chose qui pense : une identité stable et certaine que rien, semble-t-il, ne peut m'enlever.
→Mais cette belle certitude résiste-t-elle ?
◈Savoir que je pense, est-ce savoir qui je suis ?
◈Ne me fais-je pas des illusions sur moi-même ?
◈Et ce « moi » que je crois saisir, le trouve-je vraiment ?
◈C'est ce que va contester la deuxième partie.
◈Le doute → « je pense, donc je suis » : je suis « une chose qui pense », une substance pensante (identité stable) — Descartes : « la pensée… ne peut être détachée de moi ». → Mais savoir que je pense n'est pas savoir qui je suis.
❧Au-delà de la conscience immédiate (Descartes), on peut se connaître par une observation patiente de soi. Montaigne en fait l'objet de toute une vie.
🔍En s'observant honnêtement — ses humeurs, ses contradictions, ses changements —, on apprend à se connaître.
◈La connaissance de soi est le fruit d'une attention patiente.
✍Se peindre. Montaigne fait de lui-même la matière de ses Essais : il s'observe sans complaisance, dans ses variations et ses faiblesses.
◈Cette introspection écrite est une méthode de connaissance de soi.
👁L'expérience de soi. Nul n'est mieux placé que moi pour m'observer : en me regardant vivre, je découvre mes penchants, mes limites, ma singularité.
◈« Chaque homme porte la forme entière de l'humaine condition. »
☞Conséquence pour notre sujet : on peut se connaître — non d'un coup, mais par l'observation patiente et honnête de soi.
◈La connaissance de soi est une enquête, et j'en suis le premier objet.
📖Montaigne se prend lui-même pour objet d'étude :
Je suis moi-même la matière de mon livre. Montaigne, Essais
✦Se connaître n'est pas un éclair, mais un travail : une vie passée à s'observer, à se reprendre, à se décrire sans fard.
❧On peut donc se connaître par l'observation patiente de soi : une enquête de toute une vie, dont je suis le premier objet.
→Et il est un lieu privilégié pour cette enquête : l'intériorité.
◈C'est ce que montrera la sous-partie suivante.
◈On se connaît par l'observation de soi (Montaigne, Essais) : « je suis moi-même la matière de mon livre » ; se peindre sans fard ; « chaque homme porte la forme entière de l'humaine condition ». → La connaissance de soi est un travail.
◈Reste l'intériorité.
❧Il est un lieu privilégié pour se connaître : l'intériorité. Augustin invite à rentrer en soi-même pour y trouver la vérité.
🚪La connaissance de soi ne se cherche pas au-dehors, dans le monde, mais au-dedans, dans l'homme intérieur.
◈En se tournant vers son intériorité, on accède à soi.
🕯L'homme intérieur. Contre la dispersion dans les choses extérieures, Augustin appelle à un retour sur soi.
◈C'est dans l'intériorité que se trouvent la vérité et la connaissance de soi.
🧠Sonder son âme. Dans les Confessions, Augustin explore sa propre mémoire, ses désirs, ses contradictions.
◈Cette introspection profonde montre qu'on peut se connaître en sondant son intériorité, là où la simple conscience extérieure ne suffit pas.
☞Conséquence pour notre sujet : se connaître est possible, à condition de se tourner vers l'intérieur.
◈La connaissance de soi est un retour, une plongée dans l'homme intérieur.
📖Augustin détourne le regard du monde vers l'âme :
Ne va pas au-dehors, rentre en toi-même. Augustin, De la vraie religion
✦« C'est dans l'homme intérieur qu'habite la vérité » : pour se connaître, il faut cesser de se chercher au-dehors.
❧Conscience (Descartes), observation (Montaigne), intériorité (Augustin) : tout semble montrer qu'on peut se connaître soi-même.
→Mais et si ce regard sur soi était faussé par nous-mêmes ?
◈Si nous nous mentions, et si une part de nous nous échappait ?
◈C'est ce qu'objectera la deuxième partie.
◈On se connaît par l'intériorité (Augustin) : « ne va pas au-dehors, rentre en toi-même ; c'est dans l'homme intérieur qu'habite la vérité » ; sonder son âme et sa mémoire. → Bilan I : on peut se connaître.
◈Mais ce regard est-il faussé ?
❧Cette belle certitude se fissure.
◈Car dès que je me regarde, je me regarde avec complaisance : l'amour-propre fausse la connaissance que j'ai de moi.
◈C'est ce que montre Pascal.
🎭Parce que je m'aime, je ne me vois pas tel que je suis : je masque mes défauts — même à mes propres yeux — et m'illusionne volontairement sur moi-même.
◈Je manque ainsi d'impartialité, et ne puis me connaître.
🙈Plutôt que de reconnaître la vérité de ses défauts, l'homme met tout en œuvre pour les couvrir, aux autres et à lui-même.
◈Il ajoute alors à son imperfection une faute dont il est responsable : entretenir volontairement une illusion sur lui-même.
🌟L'amour-propre fausse ainsi la représentation que j'ai de moi.
◈Derrière l'élan que j'attribue à ma générosité, ne se cache-t-il pas un secret désir d'être félicité, admiré, reconnu ?
◈Je me crois désintéressé ; je ne le suis pas.
☞Conséquence pour notre sujet : cherchant à me connaître, je suis à la fois juge et partie ; je manque de neutralité.
◈En raison de l'amour-propre, il est probable que je ne puisse pas me connaître.
📖Pascal, dans les Pensées, décrit ce mouvement par lequel l'homme s'aveugle sur lui-même : il met tout en œuvre pour —
… couvrir ses défauts aux autres et à soi-même. Pascal, Pensées
✦Loin de détruire la vérité de ses défauts, l'amour-propre la masque : on ne se connaît pas, on se flatte.
❧L'amour-propre fausse donc la connaissance de soi : je me vois meilleur que je ne suis, et préfère l'illusion flatteuse à la vérité.
◈La transparence de la conscience était bien trompeuse.
→Mais admettons que, dans un éclair de lucidité, je dépasse mes illusions.
◈Même alors, le « moi » que je cherche existe-t-il comme un objet que je puisse saisir ?
◈C'est ce que va interroger la sous-partie suivante.
◈L'amour-propre me fait « couvrir mes défauts… à moi-même » et m'illusionner : je suis juge et partie → je ne puis me connaître impartialement (Pascal, Pensées ; « le moi est haïssable »). → Mais même lucide, le moi est-il saisissable ?
❧Admettons que je dépasse mes illusions et que je saisisse, dans un éclair de lucidité, certaines de mes qualités.
◈Suis-je pour autant à même de connaître le « moi » ? Pascal montre que non : le moi est introuvable.
🕳Le « moi » que je cherche n'est aucune des choses où je le cherche : ni le corps, ni les qualités (empruntées et changeantes).
◈Il se dérobe à toute saisie.
🍂Quand je crois saisir mon « moi », je ne saisis en fait que des qualités — beauté, jugement, mémoire…
◈Or ces qualités ne sont pas le moi : elles sont périssables et changeantes.
◈Si je me crois lâche, cette caractéristique peut se modifier : devenu loyal, je ne saurais plus me définir par ma lâcheté.
◈Tant change en moi qu'aucun trait ne tient lieu de « moi » permanent.
🔍Le moi n'est pas davantage le corps — on n'aime pas quelqu'un pour un corps voué à passer.
◈Cherché ni dans le corps ni dans les qualités, le moi se dérobe partout : il est introuvable.
☞Conséquence pour notre sujet : il n'y a nulle part où saisir le moi comme un objet.
◈La connaissance de soi manque de son objet même : ce que je voulais connaître se révèle insaisissable.
📖Dans les Pensées, Pascal conduit cette recherche du moi à son échec : on n'atteint jamais la personne, mais seulement ses qualités —
On n'aime donc jamais personne, mais seulement des qualités. Pascal, Pensées
✦Le « moi » reste ainsi hors d'atteinte : derrière les qualités que l'on aime ou que l'on saisit, jamais on ne touche la personne même.
❧Entre l'amour-propre qui fausse et le moi qui se dérobe, la connaissance de soi paraît impossible : je ne me vois pas tel que je suis, et le « moi » que je cherche n'est nulle part.
→Mais faut-il conclure que se connaître est vain ?
◈Ou bien la difficulté ne vient-elle pas de ce que nous cherchions à nous connaître comme une chose ?
◈Et si le moi se dérobe parce que je suis libre ?
◈C'est ce que va explorer la dernière partie.
◈Même lucide, je ne saisis que des qualités (changeantes, empruntées), jamais le moi lui-même : le moi n'est ni le corps ni les qualités → introuvable (Pascal : « on n'aime jamais personne, mais seulement des qualités »). → La connaissance de soi semble impossible.
❧L'obstacle le plus radical n'est pas le mensonge à soi (Pascal), mais l'inconscient. Freud montre qu'une part de nous nous est inaccessible.
🌊L'introspection ne donne accès qu'à la conscience ; or une part essentielle de notre psychisme — l'inconscient — nous gouverne sans que nous le sachions.
◈Nous ne pouvons donc pas nous connaître entièrement.
🧊L'inconscient. Nos désirs refoulés, nos pulsions, nos conflits anciens agissent en nous à notre insu.
◈Ils se manifestent dans les rêves, les lapsus, les actes manqués — mais leur source nous échappe.
🌍Le moi décentré. La psychanalyse inflige une troisième « blessure narcissique » : après Copernic (la Terre n'est pas le centre) et Darwin (l'homme est un animal), Freud montre que le moi n'est pas maître chez lui.
◈La conscience n'est que la partie émergée.
☞Conséquence pour notre sujet : on ne peut pas se connaître par la seule introspection — l'inconscient, par définition, échappe à la conscience.
◈La transparence du sujet à lui-même est une illusion.
📖Freud détrône la conscience :
Le moi n'est pas maître dans sa propre maison. Freud, Essais de psychanalyse
✦Un lapsus, un rêve, un oubli « innocent » trahissent un désir que je ne connais pas : je ne suis pas où je crois être.
❧L'amour-propre (Pascal), le moi introuvable (Pascal), l'inconscient (Freud) : la connaissance de soi par introspection se révèle impossible à achever.
→Faut-il renoncer ?
◈Non : peut-être faut-il changer de méthode et d'objet — se connaître autrement.
◈C'est ce que cherchera la troisième partie.
◈L'inconscient (Freud) : « le moi n'est pas maître dans sa propre maison » ; la conscience n'est que la partie émergée (3 blessures : Copernic, Darwin, Freud). → Bilan II : la transparence à soi est une illusion.
◈Reste à se connaître autrement.
❧Si le moi se dérobe, ce n'est peut-être pas un échec, mais le signe que je ne suis pas une chose.
◈Déplaçons alors la question : mon identité singulière échappe parce que je suis libre — mais je peux me connaître autrement.
🔓Mon identité singulière est inconnaissable non par défaut, mais par excès de liberté : je ne suis pas une chose figée.
◈Restent pourtant accessibles mon identité universelle (la condition humaine) et, surtout, la sagesse.
🕊Pourquoi le moi se dérobe-t-il ?
◈Parce que je suis libre.
◈Je ne suis pas une chose ; je ne peux m'enfermer dans tel ou tel attribut — un défaut, un rôle.
◈Mon identité singulière reste donc inconnaissable non par manque, mais par liberté.
🌍Une certitude demeure pourtant : mon identité universelle.
◈Je peux découvrir les caractéristiques par lesquelles j'appartiens à la condition humaine.
◈« Qui suis-je ? » devient « qu'est-ce que l'homme ? » : à défaut de me connaître comme cet individu, je me connais comme homme.
🧘Enfin, l'enjeu n'est pas un savoir pur, mais l'action et la sagesse : être sage, c'est faire avec ses possibilités et ses faiblesses, accepter ce que je suis aujourd'hui.
☞ Et comme je ne cesse de changer, cette recherche sur soi est sans cesse à renouveler : se connaître est une tâche, non un savoir achevé.
📖Cette idée — que je ne suis pas une chose — a un nom chez Sartre : l'homme n'a pas d'essence fixée d'avance, il se fait par ses choix —
L'existence précède l'essence. Sartre, L'existentialisme est un humanisme (1946)
✦Dès lors, me connaître n'est pas relever une nature donnée, mais m'accepter et me reprendre — la vieille exigence du « Connais-toi toi-même » de Socrate devient un travail de sagesse, jamais terminé.
❧On ne peut donc pas se connaître comme une chose : l'identité singulière échappe, parce que je suis libre.
◈Mais je peux me connaître comme homme (identité universelle) et travailler à la sagesse en m'acceptant.
✷Ainsi se dénoue notre problème : « peut-on se connaître soi-même ? »— non comme un objet achevé, mais comme une tâche, sans cesse à reprendre.
◈Se connaître, ce n'est pas se trouver : c'est se faire.
◈L'identité singulière est inconnaissable car je suis libre (je ne suis pas une chose — Sartre, « l'existence précède l'essence »).
◈Mais l'identité universelle (la condition humaine) est accessible, et l'enjeu est la sagesse (s'accepter) : une recherche sans cesse à renouveler.
❧Si l'introspection échoue, c'est peut-être qu'on ne se connaît pas seul : on se connaît par autrui. Hegel le montre par la reconnaissance.
👁La conscience de soi ne se suffit pas : elle a besoin d'une autre conscience pour se savoir elle-même.
◈C'est dans le rapport à autrui — son regard, sa reconnaissance — que je me découvre.
🤝Se connaître par l'autre. Pour se connaître, le sujet a besoin d'être reconnu par un autre sujet.
◈Seul, je ne me saisis pas ; c'est le regard de l'autre qui me révèle à moi-même — y compris dans le conflit (le maître et l'esclave).
🪞La médiation d'autrui. Autrui me renvoie une image que je ne pouvais pas voir ; par son jugement, sa reconnaissance, il me fait découvrir des aspects de moi.
◈Je me connais à travers les autres — dans la vie sociale, le travail, la lutte.
☞Conséquence pour notre sujet : on peut se connaître, mais non par l'introspection solitaire — par autrui.
◈Le détour de l'autre est le chemin vers soi.
📖Hegel fait de la conscience de soi un rapport à autrui :
La conscience de soi ne s'atteint que dans une autre conscience de soi. Hegel, Phénoménologie de l'esprit
✦Comme le redira Sartre : « autrui est le médiateur indispensable entre moi et moi-même ».
❧On se connaît donc par autrui : la reconnaissance, le regard de l'autre, sont la médiation par laquelle je me découvre.
→Mais y a-t-il, par-delà l'image sociale, un soi profond à saisir ?
◈C'est ce que montrera la dernière sous-partie.
◈On se connaît par autrui (Hegel, la reconnaissance) : « la conscience de soi ne s'atteint que dans une autre conscience de soi » ; le maître et l'esclave ; Sartre : « autrui est le médiateur indispensable entre moi et moi-même ». → Le détour de l'autre mène à soi.
❧Au-delà du moi social et superficiel, il y a un moi profond qu'on peut saisir par l'intuition. Bergson en montre le chemin.
🌊Nous nous connaissons d'ordinaire par un moi superficiel (les habitudes, le langage, le regard social) ; mais il existe un moi profond — notre durée intérieure — que l'on atteint par l'intuition.
🎭Moi superficiel / moi profond. Le moi superficiel est fait d'états figés, spatialisés, empruntés au langage commun.
◈Le moi profond est notre durée vécue, mouvante et singulière, où nos états se fondent.
◈C'est lui qu'il s'agit de connaître.
🫧L'intuition de la durée. Par un effort d'intuition (et non d'analyse), on peut ressaisir cette durée intérieure — coïncider avec soi de l'intérieur.
◈Cette connaissance n'est pas conceptuelle, mais vécue.
☞Conséquence pour notre sujet : on peut se connaître, mais autrement que par les concepts — par l'intuition de son moi profond.
◈La vraie connaissance de soi est la saisie de sa durée singulière.
📖Bergson distingue deux moi sous notre vie consciente :
Au-dessous du moi superficiel, il y a un moi profond. Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience
✦Se connaître vraiment, ce n'est pas s'analyser en concepts figés : c'est coïncider avec sa propre durée, mouvante et vivante.
❧Se connaître, c'est donc saisir son moi profond : coïncider, par l'intuition, avec sa propre durée.
✷Ainsi se dénoue notre problème : on ne peut pas se connaître totalement ni d'emblée (la transparence est illusoire), mais on peut se connaître autrement — comme liberté (Sartre), par autrui (Hegel), comme durée (Bergson).
◈Le moi profond (Bergson) : sous le moi superficiel (figé, social), la durée vécue ; on la saisit par l'intuition, non l'analyse ; « au-dessous du moi superficiel, il y a un moi profond ». → Réponse : se connaître autrement (liberté, autrui, durée).
🧭Peut-on se connaître soi-même ?
◈Il semblait d'abord que oui : par la conscience (Descartes), l'observation de soi (Montaigne), l'intériorité (Augustin).
⚖Mais cette certitude s'est effondrée : l'amour-propre fausse la représentation de moi, le « moi » est introuvable (Pascal), et l'inconscient m'échappe (Freud).
◈Le dépassement : si le moi se dérobe, c'est que je ne suis pas une chose à connaître — je me connais autrement : comme liberté (Sartre), par autrui (Hegel), comme durée (Bergson).
🔑On ne peut pas se connaître comme une chose, totalement et d'emblée : l'identité singulière échappe, et la transparence à soi est illusoire.
◈Mais on peut se connaître autrement — comme liberté (on se fait), par le détour d'autrui, comme moi profond (la durée).
✷La connaissance de soi n'est donc pas un savoir achevé, mais une tâche, sans cesse à reprendre.
◈Se connaître, ce n'est pas se trouver : c'est se faire.
🔭À l'ère des réseaux sociaux, chacun met en scène une image de soi.
◈Cette image nous rapproche-t-elle de nous-mêmes, ou nous en éloigne-t-elle ?
◈Se connaître reste peut-être le plus difficile — et le plus nécessaire — des savoirs.
◈Pas comme une chose (l'identité singulière échappe ; la transparence est illusoire), mais autrement : liberté, autrui, durée.
◈La connaissance de soi est une tâche — « se connaître, ce n'est pas se trouver, c'est se faire ». → Parcours : oui (Descartes, Montaigne, Augustin) → non (Pascal, Freud) → autrement (Sartre, Hegel, Bergson).