🪶Nous croyons spontanément savoir ce que nous voulons ; et pourtant, combien de fois changeons-nous d'avis, regrettons-nous un choix, ou nous surprenons-nous à désirer ce que nous condamnions ?
◈Cet écart entre ce que nous croyons désirer et ce que nous désirons vraiment pose la question : savons-nous ce que nous désirons ?
🔍« Savoir », c'est avoir une connaissance claire et certaine — ici, de l'objet de nos désirs (ce que je veux) et de leur nature (pourquoi je le veux).
◈« Désirer », c'est tendre vers un objet qui nous manque.
💡À première vue, la réponse est oui : le désir est un fait de conscience, et la conscience nous donne un accès immédiat à nos pensées — donc à nos désirs (une réussite, un voyage, une orientation, un projet).
◈Nul ne saurait mieux que moi ce que je veux.
❓Mais soutenir cette réponse, c'est croire que l'esprit se réduit à la conscience, et que rien ne lui échappe.
◈Or des phénomènes obscurs (tel un rêve déconcertant) et des désirs profonds semblent lui échapper. Savons-nous vraiment ce que nous désirons, ou une part nous demeure-t-elle cachée — et, dans ce cas, pouvons-nous l'apprendre ?
🗺Nous verrons d'abord qu'à première vue nous savons ce que nous désirons : le désir est un fait de conscience (Descartes), il vise un objet déterminé (Platon), et nous pouvons le classer (Épicure) (I). Mais nous montrerons ensuite que le désir nous trompe (Schopenhauer), nous échappe (Freud) et nous est dicté par autrui (Girard) (II).
◈Nous établirons enfin que cette connaissance se conquiert : par l'interprétation (Ricœur), les causes (Spinoza), l'examen de soi (Socrate) (III).
◈Problématique : savons-nous ce que nous désirons, ou une part nous échappe-t-elle — et pouvons-nous l'apprendre ? | Plan : I. oui (conscience ; objet ; classification) → II. non (volonté aveugle ; inconscient ; mimétisme) → III. on l'apprend (interprétation ; causes ; examen de soi).
❧À première vue, nous savons ce que nous désirons.
◈Et cela paraît évident, car le désir est un fait de conscience : nul ne saurait mieux que moi ce qui m'attire.
◈C'est ce que soutient la tradition de la conscience transparente, illustrée par Descartes.
💡La conscience nous donne un accès immédiat et complet à tous nos états : rien de ce qui se passe en moi ne m'échappe.
◈Connaître mes désirs ne demande donc aucun effort : il me suffit de me tourner vers moi-même.
🪞La conscience est transparente à elle-même : elle « aperçoit » immédiatement ses propres pensées, et donc mes désirs.
◈Supposer le contraire, ce serait croire que rien ne m'échappe de ma vie intérieure — ce qui semble aller de soi.
◈Dès lors, personne ne peut me dire mieux que moi ce que je veux.
☞Conséquence pour notre sujet : connaître l'objet de mon désir suffit à savoir ce que je désire.
◈Mes désirs se présentent à moi comme des projets clairs : une réussite, un voyage, une orientation, une expérience.
◈Je sais ce que je poursuis, et pourquoi.
📖C'est très précisément la définition cartésienne de la pensée : pour Descartes, tout ce qui est en nous nous est immédiatement présent par la conscience :
… tout ce qui se fait en nous de telle sorte que nous l'apercevons immédiatement par nous-mêmes. Descartes, Principes de la philosophie, I, 9
✦Ainsi, mes désirs — vouloir réussir, partir en voyage, choisir une orientation — sont des actes que « j'aperçois » en moi : rien, semble-t-il, ne s'y cache.
❧Ainsi, parce que le désir est un fait de conscience, il semble que nous sachions toujours ce que nous désirons : la conscience nous livrerait, sans reste, l'objet et le sens de nos désirs.
→Mais l'esprit se réduit-il à la conscience ?
◈Des désirs profonds, des phénomènes obscurs (tel un rêve déconcertant) ne lui échappent-ils pas ?
◈Et ce que nous croyons vouloir est-il bien ce que nous voulons vraiment ?
◈C'est ce que va contester la deuxième partie.
◈Le désir est un fait de conscience : la conscience est transparente à elle-même (Descartes, Principes I, 9 — « tout ce qui se fait en nous… nous l'apercevons immédiatement »).
◈Connaître l'objet de mon désir = savoir ce que je désire. → Mais l'esprit ne se réduit peut-être pas à la conscience.
❧Si j'ai conscience de désirer (Descartes), je sais aussi quoi : tout désir vise un objet déterminé. Platon le montre dans Le Banquet.
🎯Désirer, c'est toujours désirer quelque chose — un objet précis qui me manque.
◈Le désir a un objet déterminé : je sais donc ce que je désire.
🕳Le désir est manque d'un objet. On ne désire que ce qu'on n'a pas (Eros est manque).
◈Mais ce manque est déterminé : je désire ce bien précis, cette personne, cette reconnaissance.
◈Le désir pointe vers son objet.
➡L'intentionnalité. Tout désir est « désir de » : tendu vers un terme identifiable.
◈Même confus, il vise quelque chose ; en l'examinant, je peux nommer son objet.
◈Le désir n'est pas aveugle, il a une direction.
☞Conséquence pour notre sujet : je sais ce que je désire, car mon désir a un objet que je peux reconnaître et nommer.
◈Désirer, c'est déjà savoir vers quoi je tends.
📖Dans Le Banquet, Platon définit le désir par le manque d'un objet :
On ne désire que ce dont on manque. Platon, Le Banquet
✦Le manque n'est pas un vide informe : il a un visage — le beau, le bien, tel objet précis.
◈Le désir sait ce qu'il cherche.
❧Mon désir a donc un objet que je peux reconnaître : en ce sens, je sais ce que je désire.
→Et je peux aller plus loin : ordonner mes désirs par la raison, les classer.
◈C'est ce que montrera la sous-partie suivante.
◈Le désir vise un objet déterminé (Platon, Le Banquet) : « on ne désire que ce dont on manque » — mais d'un objet identifiable ; l'intentionnalité (désir de) → je sais vers quoi je tends.
◈Reste à classer ses désirs.
❧Non seulement je connais l'objet de mes désirs (Platon), mais je peux les classer par la raison. Épicure en donne la méthode.
📊Nos désirs ne sont pas un chaos : on peut les distinguer (naturels et nécessaires, naturels non nécessaires, vains).
◈Cette classification suppose qu'on les connaît assez pour les ordonner.
🗂La typologie. Épicure distingue les désirs naturels et nécessaires (manger, boire, l'amitié), naturels mais non nécessaires (les mets raffinés) et vains (la gloire, la richesse illimitée).
◈Savoir trier ses désirs, c'est les connaître.
⚖Le calcul des plaisirs. Par la raison, on évalue ses désirs : lesquels procurent un bonheur durable, lesquels apportent plus de trouble que de plaisir.
◈Cette délibération suppose une connaissance claire de ce qu'on désire.
☞Conséquence pour notre sujet : nous savons ce que nous désirons, et même mieux — nous pouvons l'examiner et le hiérarchiser.
◈Le désir n'est pas une force obscure, mais un objet de connaissance et de sagesse.
📖Épicure classe les désirs pour mieux les gouverner :
Parmi les désirs, les uns sont naturels, les autres vains. Épicure, Lettre à Ménécée
✦Distinguer le désir naturel du désir vain, c'est déjà savoir, mieux que personne, ce que l'on veut vraiment.
❧Conscience (Descartes), objet déterminé (Platon), classification rationnelle (Épicure) : tout semble montrer que nous savons ce que nous désirons.
→Mais cette transparence n'est-elle pas illusoire ?
◈Et si le désir nous dépassait, nous trompait sur lui-même ?
◈C'est ce qu'objectera la deuxième partie.
◈On peut classer ses désirs (Épicure) : naturels nécessaires / non nécessaires / vains ; « parmi les désirs, les uns sont naturels, les autres vains » ; le calcul des plaisirs. → Bilan I : nous savons ce que nous désirons.
◈Mais cette transparence est-elle illusoire ?
❧Cette transparence de la conscience est pourtant une illusion.
◈Nous croyons savoir ce que nous désirons ; mais nous sommes en réalité dominés par une force qui nous échappe.
◈C'est ce que montre Schopenhauer : le désir nous trompe, sur son objet comme sur sa nature.
🌑Le désir est manque et souffrance.
◈Nous croyons désirer le bonheur, mais nous sommes mus par la Volonté — une force aveugle qui nous condamne à une insatisfaction sans fin : nous ne connaissons ni le vrai objet, ni la vraie nature de nos désirs.
🔁Tout désir naît d'un manque, d'une privation : désirer, c'est souffrir d'être privé de ce que l'on veut.
◈Une fois le désir satisfait, il s'éteint — mais un autre renaît aussitôt : la vie est un cycle sans fin de désirs, de déceptions et de frustrations.
◈La souffrance est même triple : avant (le manque), pendant (la crainte de ne pas obtenir), après (la satisfaction déçoit).
🎭Nous nous trompons donc : nous croyons que le désir mène au bonheur, alors qu'il n'est qu'une illusion perpétuelle — nous prenons, pour atteindre le bonheur, le seul chemin qui ne nous y conduit pas.
◈Plus profondément, c'est la Volonté qui nous meut : nos désirs s'imposent à nous, souvent sans que nous en ayons conscience.
☞Conséquence pour notre sujet : nous croyons savoir ce que nous désirons, mais nous nous méprenons sur l'objet (ce n'est pas le bonheur) comme sur la nature (c'est la Volonté, non un libre choix).
◈Nous ne savons donc pas vraiment ce que nous désirons.
📖Schopenhauer énonce la loi même du désir dans Le Monde comme volonté et comme représentation :
Tout vouloir procède d'un besoin, c'est-à-dire d'une privation, donc d'une souffrance. Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation
🏺Il compare l'homme au supplice de Tantale (qui ne peut jamais atteindre l'eau qu'il désire) ou aux Danaïdes (condamnées à remplir un tonneau percé) : autant d'images de l'impossible satisfaction.
❧Le désir est donc traversé d'illusion : nous nous trompons sur ce que nous voulons vraiment, et nous sommes mus par une Volonté qui nous échappe.
◈La transparence de la conscience était bien une apparence.
→Reste que l'analyse de Schopenhauer a ses présupposés.
◈Mais ne peut-on aller plus loin ?
◈Si tout désir comporte une part immense d'illusion, peut-être ne savons-nous jamais vraiment ce que nous désirons.
◈C'est ce que va établir la sous-partie suivante.
◈Le désir = manque → souffrance, en un cycle sans fin (Schopenhauer) : nous sommes mus par la Volonté, qui nous échappe ; croire que le désir mène au bonheur est une illusion (Tantale, les Danaïdes). → Nous nous trompons sur l'objet et la nature de nos désirs.
❧Poussons le soupçon à son terme.
◈Non seulement le désir nous trompe, mais une part de nos désirs est structurellement cachée à la conscience.
◈Avec Freud, il faut dire que nous ne savons jamais tout à fait ce que nous désirons.
🧊L'esprit ne se réduit pas à la conscience : il existe un inconscient psychique, un ensemble de désirs refoulés qui échappe à la conscience.
◈Nos désirs les plus profonds nous demeurent inconnus.
🧩Freud part de la complexité de nos comportements : bien des conduites sont obscures, impossibles à expliquer par la seule conscience.
◈Il pose donc l'hypothèse de l'inconscient, qu'il juge nécessaire et légitime pour expliquer notre comportement — et utile en pratique, puisque la cure peut libérer le malade de certains symptômes.
🌙Ces phénomènes obscurs ont un sens caché : ce sont des signes à interpréter, c'est-à-dire à déchiffrer au-delà de leur apparence.
◈Le rêve en est l'exemple : son contenu manifeste (le récit dont on se souvient, souvent absurde) cache un contenu latent (son sens profond).
◈L'inconscient est ainsi la part souterraine de l'esprit, faite de désirs inavouables, refoulés parce qu'opposés aux normes sociales, morales et esthétiques.
☞Conséquence pour notre sujet : ce que nous croyons vouloir n'est que la surface ; nos désirs véritables sont cachés à nous-mêmes.
◈Spontanément, nous ne savons donc jamais ce que nous désirons.
📖C'est le grand renversement opéré par Freud : la conscience n'est plus maîtresse chez elle :
Le moi n'est pas maître dans sa propre maison. Sigmund Freud
🌙Le rêve l'illustre : son récit conscient paraît incohérent, mais tout change dès qu'on en déchiffre le contenu latent — preuve qu'un sens nous gouverne à notre insu.
❧Il faut donc l'admettre : une part de nous-mêmes nous échappe.
◈Entre l'illusion du désir (Schopenhauer) et l'inconscient (Freud), nous ne savons jamais tout à fait ce que nous désirons.
→Mais sommes-nous condamnés à cette ignorance ?
◈Si nos désirs cachés ont un sens, ne peut-on, par un travail, le déchiffrer et reconquérir la connaissance de soi ?
◈C'est ce que va proposer la dernière partie.
◈L'esprit ne se réduit pas à la conscience : l'inconscient = désirs refoulés (opposés aux normes).
◈Le rêve : contenu manifeste (apparent) / latent (caché) → travail d'interprétation.
◈« Le moi n'est pas maître dans sa propre maison » (Freud). → Nous ne savons jamais ce que nous désirons.
❧Il y a une raison plus subtile encore de notre ignorance : nous croyons désirer spontanément, mais nous imitons le désir d'autrui.
◈C'est le désir mimétique (Girard).
👥Nous ne désirons pas l'objet pour lui-même, mais parce qu'un autre le désire.
◈Notre désir est emprunté à un modèle : nous ne savons donc pas ce que nous désirons vraiment.
🔺Le triangle du désir. Le désir n'est pas une ligne droite (moi → objet), mais un triangle : moi → modèle → objet.
◈Je désire l'objet parce que mon modèle le désire ; l'objet n'a de valeur que par le désir de l'autre.
🪞L'illusion de spontanéité. Nous croyons que nos désirs viennent de nous ; en réalité, ils sont copiés.
◈La mode, la publicité, la rivalité le prouvent : on veut ce que les autres veulent.
◈Le désir est contagieux, non personnel.
☞Conséquence pour notre sujet : nous ne savons pas ce que nous désirons — nous prenons pour nôtre un désir emprunté.
◈Croire désirer librement, c'est ignorer le modèle qui nous fait désirer.
📖René Girard ramène tout désir à une imitation :
Nous désirons toujours selon le désir d'un autre. Girard, Mensonge romantique et vérité romanesque
✦Don Quichotte veut être chevalier parce qu'Amadis l'a voulu : l'enfant délaisse un jouet jusqu'à ce qu'un autre s'en empare.
❧Volonté aveugle (Schopenhauer), inconscient (Freud), désir mimétique (Girard) : le désir nous échappe de toutes parts.
◈Notre prétendue transparence était une illusion.
→Sommes-nous donc condamnés à ignorer nos désirs ?
◈Non : ce que nous ne savons pas immédiatement, nous pouvons l'apprendre.
◈C'est ce que cherchera la troisième partie.
◈Le désir mimétique (Girard) : nous désirons « selon le désir d'un autre » ; le triangle sujet–modèle–objet ; d'où rivalité et violence. → Bilan II : nous ne savons pas ce que nous désirons.
◈Mais pouvons-nous l'apprendre ?
❧Cette ignorance n'est pourtant pas une fatalité.
◈Si la conscience ne peut se déchiffrer seule, un travail — la cure — peut lui rendre la connaissance d'elle-même.
◈C'est ce que montre Ricoeur : l'inconscient bien interprété ne dissout pas le sujet, il restaure sa liberté.
🔓Nous ne savons pas spontanément ce que nous désirons, mais nous pouvons l'apprendre : la connaissance de nos désirs est une conquête, non un donné.
◈La cure est un triomphe de la conscience, non son abdication.
🧭Le point de départ est concédé : la conscience ne peut faire sa propre exégèse — elle ne se déchiffre pas seule (Schopenhauer et Freud l'ont montré).
◈Il est donc légitime qu'un autre, l'analyste, l'aide à se reconquérir : tel est le principe de la cure.
🕊Mais — c'est le point décisif — la cure n'est pas une explication de la conscience par l'inconscient ; elle est un triomphe de la conscience sur ses propres interdits, par le détour d'une « conscience déchiffreuse ».
◈L'analyste est l'accoucheur de la liberté : il dénoue la conscience et lui rend sa fluidité — la psychanalyse est une guérison par l'esprit.
☞Conséquence pour notre sujet : nous ne savons pas d'emblée ce que nous désirons, mais nous pouvons l'apprendre par un travail sur nous-mêmes.
◈Loin d'abolir le sujet, l'interprétation lui restitue sa liberté : savoir ce que l'on désire devient une conquête de soi.
📖C'est ce que définit Paul Ricoeur dans Le volontaire et l'involontaire (Texte du corpus) : l'analyste n'est pas le despote de la conscience malade, mais —
… le serviteur d'une liberté à restaurer. Paul Ricoeur, Le volontaire et l'involontaire
✦La cure replace ainsi le sujet « dans des conditions normales » où il peut, de nouveau, vouloir librement — se réconcilier avec ce qui, en lui, lui échappait.
❧Nous ne savons donc pas spontanément ce que nous désirons — mais nous ne sommes pas condamnés à l'ignorer.
◈Par le travail de l'interprétation et de la cure, la connaissance de nos désirs se conquiert, et avec elle notre liberté.
✷Ainsi se dénoue notre problème : à « savons-nous ce que nous désirons ? », il faut répondre que nous ne le savons pas d'emblée, mais que nous pouvons apprendre à le savoir.
◈La connaissance de soi n'est pas un point de départ : c'est une conquête.
◈La conscience ne se déchiffre pas seule → la cure (Ricoeur) = triomphe de la conscience (≠ explication par l'inconscient) ; l'analyste, « serviteur d'une liberté à restaurer ». → La connaissance de nos désirs est une conquête, non un donné.
❧Si nous ne savons pas spontanément ce que nous désirons, nous pouvons l'apprendre en connaissant les causes de nos désirs. Spinoza en fait une libération.
🔗Nos désirs semblent obscurs tant que nous en ignorons les causes.
◈Mais comprendre pourquoi nous désirons, c'est passer de la passion subie au désir compris — donc mieux savoir ce que nous désirons.
🌱Le conatus. Tout être tend à persévérer dans son être : ce conatus est, chez l'homme, le désir — « l'essence même de l'homme ».
◈Mais nous le subissons comme une passion tant que nous en ignorons les causes.
🔓Des passions aux actions. Connaître la cause d'un désir (d'où il vient, ce qui le produit) transforme une passion subie en action comprise.
◈« Les hommes se croient libres parce qu'ils ignorent les causes » : inversement, les connaître nous rend plus lucides sur ce que nous voulons.
☞Conséquence pour notre sujet : nous pouvons savoir ce que nous désirons — non immédiatement, mais en comprenant les causes de nos désirs.
◈La connaissance fait passer de l'esclavage des passions à la maîtrise lucide.
📖Spinoza fait du désir le cœur même de l'homme :
Le désir est l'essence même de l'homme. Spinoza, Éthique
✦Connaître la cause de son désir, ce n'est pas l'éteindre : c'est cesser de le subir pour en devenir l'acteur lucide.
❧Connaître les causes de ses désirs, c'est mieux savoir ce qu'on désire : passer de la passion subie à l'action lucide.
→Mais cette connaissance n'est jamais achevée : elle demande un examen de soi constant.
◈C'est ce que montrera la dernière sous-partie.
◈Connaître les causes de ses désirs libère (Spinoza) : le conatus, « le désir est l'essence même de l'homme » ; des passions (subies) aux actions (comprises). → On apprend à savoir ce qu'on désire.
◈Mais c'est une tâche jamais finie.
❧Savoir ce qu'on désire n'est donc pas un donné, mais une conquête — une tâche jamais achevée.
◈C'est le sens du « connais-toi toi-même » de Socrate.
🔎La connaissance de nos désirs n'est ni immédiate ni définitive : elle s'acquiert par un examen de soi constant.
◈Savoir ce qu'on désire, c'est devenir, peu à peu, sujet de son désir.
🏛« Connais-toi toi-même. » La sagesse commence par l'examen de soi.
◈Nos désirs spontanés nous trompent (l'opinion, l'imitation, l'inconscient) ; seul l'examen patient permet de démêler ce que nous voulons vraiment.
👑Devenir sujet de son désir. Par l'interprétation (Ricœur), la connaissance des causes (Spinoza) et l'examen de soi (Socrate), on ne reçoit pas la vérité de son désir : on la conquiert.
◈C'est un travail éthique : se rendre auteur de son désir plutôt que de le subir.
☞Conséquence pour notre sujet : nous pouvons savoir ce que nous désirons, à condition d'en faire une tâche — l'examen de soi.
◈La transparence du début était illusoire ; la vraie connaissance est au bout d'un effort.
📖Socrate fait de l'inscription de Delphes le principe de toute sagesse :
Connais-toi toi-même. inscription de Delphes, reprise par Socrate
✦« Une vie sans examen ne vaut pas d'être vécue » : connaître ses désirs, c'est ne jamais cesser de s'interroger sur soi.
❧Savoir ce qu'on désire est donc une conquête : un examen de soi patient, par lequel on devient sujet de son désir.
✷Ainsi se dénoue notre problème : nous ne savons pas immédiatement ce que nous désirons (la conscience nous trompe), mais nous pouvons l'apprendre — par l'interprétation (Ricœur), les causes (Spinoza), l'examen de soi (Socrate).
◈Savoir ce qu'on désire est une tâche (Socrate, « connais-toi toi-même » ; « une vie sans examen ne vaut pas d'être vécue ») : l'examen de soi fait devenir sujet de son désir (→ Foucault, le souci de soi). → On apprend à se connaître, on ne le reçoit pas.
🧭Savons-nous ce que nous désirons ?
◈Il semblait d'abord évident que oui : le désir est un fait de conscience (Descartes), il vise un objet déterminé (Platon), et l'on peut le classer (Épicure).
⚖Mais cette transparence était illusoire : le désir est manque et illusion, dominé par la Volonté (Schopenhauer), refoulé dans l'inconscient (Freud), emprunté à autrui (Girard).
◈Le dépassement : cette ignorance n'est pas une fatalité — on reconquiert la connaissance par l'interprétation (Ricœur), les causes (Spinoza), l'examen de soi (Socrate).
🔑Nous ne savons pas spontanément ce que nous désirons : la conscience n'est pas transparente, l'inconscient nous échappe, et nos désirs sont en partie empruntés.
◈Mais nous pouvons l'apprendre : la connaissance de nos désirs n'est pas un donné, c'est une conquête.
✷Savoir ce que l'on désire, c'est donc se reconquérir soi-même et devenir sujet de son désir.
◈La connaissance de soi n'est pas un point de départ : elle est au bout du chemin.
🔭Or notre époque ne cesse de fabriquer et de stimuler nos désirs : la publicité, la consommation veulent à notre place.
◈Dès lors, savoir ce que l'on désire vraiment devient un acte de liberté — peut-être le plus difficile : cesser de laisser son désir fabriquer par d'autres.
◈Non spontanément : la conscience n'est pas transparente.
◈Mais on peut l'apprendre — la connaissance de son désir est une conquête, non un donné. → Parcours : oui (Descartes, Platon, Épicure) → non (Schopenhauer, Freud, Girard) → on l'apprend (Ricœur, Spinoza, Socrate).
◈Ouverture : la fabrique contemporaine du désir.